Quand je te dis « Cyberpunk », tu entends quoi comme musique?
- Ben suicyco
- 7 févr.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 févr.
Joueur du jeu de rôle dans les années 90, amateur de musiques dites « extrêmes » et actuellement joueur de Cyberpunk 2077, je me suis posé pour ce courant la question éternelle: qu’est ce qui défini un style musical ?
Genre relativement semblant récent, mais en fin de compte assez ancien, la mouvance « Cyberpunk » est née au milieu des années 80.

Son origine est littéraire avec notamment les livres de William Gibson et Bruce sterling, et bien sûr de Bruce Bethke (sa nouvelle éponyme servira de fond baptismal), très dans l’air du temps de l’époque avec le « no future » du punk, l’émergence de la technologie et de la science fiction grand public au cinéma (avec Blade Runner qui lui offrira le meilleur visuel).
Ce trip « High Tech, Low Life » est surtout à l’époque une niche pour amateurs de S-F désabusée et de contre-culture, qui se trouvent être souvent de grand amateurs de jeux de rôles. Et logiquement, « Cyberpunk 2013 » sorti en 1988. Night City prend vie !

Si l’imaginaire de chacun et de chaque groupe de joueurs est différent, l’ambiance du jeu, ainsi que la description de ses bas-fonds, combinent les inspirations bibliographiques (la trilogie de la conurb de Gibson surtout) et la contre-culture de l’époque. Ainsi, on est bien loin du Vangelis de Blade Runner, pour plonger dans la violence industrielle et Rock qui semblait faite pour cet univers.
La poule ou l’œuf? « The Land of Rape and Honey » de Ministry est sorti en 86 avec comme premier track « Stigmata » , leurs potes de Skinny Puppy sortent « VIVIsectVI » en 88 et Black Flag pousse le punk vers ce qui deviendra le metal hardcore. Même l’electronique est martiale avec Front Line Assembly et Front 242 pour ne citer qu’eux.
Chaque histoire, chaque porte ouvertes sur un bouge anti-corpo faisait résonner dans nos têtes du Metal hurlant, des rythmes martiaux et/ou saccadés, le Chrome Rock comme il se fait appeler dans les livres de jeu.
C’était ça le Cyberpunk dans les tympans : du punk mais en cyber.
Devenu culte, le terme est resté, mais est passé de mode, tombé en désuétude durant de très longues années sauf pour quelques mordus. Il y a eu des tentatives de raviver la flamme fin des années 90, en littérature (Snow crash!) et au cinéma avec des œuvres pas toujours très réussies ou ne rencontrant plus le public visé qui était passé à autre chose (Strange days , un parfait exemple). Seul le Japon est resté friand, se réappropriant les codes au cinéma (Tetsuo) et en manga (Akira, Ghost in the shell pour les plus connus).
2000 arrive avec son « non bug », l’avènement de la musique électronique en mainstream mais aussi dans l’underground (drum’n bass, breakcore, power electro) , la mondialisation néo-libérale… On a eu le punk(les « corporations » qui détiennent le monde, l’écart riches-pauvres,etc…) mais pas tout à fait le cyber (mis à part le net qui se prostituera bien vite). Le Cyberpunk est mort.
2020, Le COVID a changé la face d’un monde qui penche depuis de plus en plus vers le fascisme, les holdings ont renforcé leurs positions aidés par un milliardaire devenu président. La tech a rejoint la fiction en partie dans certains domaines, totalement dans d’autres. les nouveaux médias ont raté leurs virages informationnels et éducatifs pour devenirs des poubelles menant à un abrutissement des masses. La réalité virtuelle et le transhumanisme ne sont plus des épisodes de Star Trek.
Une bande de développeurs Polonais s’est dit que c’était le bon moment pour transposer le jeu de rôle vers le nouveau media star qu’est le jeu video. passons l’historique du lancement de « Cyberpunk 2077 » avec ses hauts et ses bas pour examiner deux choses :
Primo : le scenario est digne de son héritage et prouve que le media jeu video égale, voire supplante de plus en plus le 7eme art dans la richesse de narration.
Deuxio : la bande son du jeu. Il y a les différentes radios « à la GTA », mais il y a aussi l’original soundtrack (terme auparavant réservé au cinéma) signé Marcin Przybyłowicz , Paul Leonard-Morgan et P.T. Adamczyk.
Digne de l’OS d’un film, ces morceaux ont joué une grande part dans la réputation d’immersivité du jeu.
Entretemps le courant cyberpunk est devenu ce que l’on appelle retro-futuriste (un futur imaginé par des gens du passé et censé être notre présent). Le futur d’alors n’est pas arrivé, les générations actuelles ont d’autres préoccupations qui se répercutent dans la littérature (le biopunk, les dystopies environnementales) et de fait, la musique a totalement changé. Dans sa nature, sa perception et sa consommation.
Il n’est pas étonnant alors que ce soundtrack ne reflètent pas exactement ce que les anciens considéraient comme le « son cyberpunk », mais plutôt un style « electronica » - quelques fois appelée IDM (intelligent dance music) - très très en vogue entre 2000 et 2015 (tiens tiens...presque 2013…) en Europe occidentale, et qui a perduré quelques années de plus à l’est (dont la Pologne). Le style des morceaux fait penser à des productions passées de labels comme ANT-ZEN, HANDS, ou encore pour la France AUDIOTRAUMA pour ne citer qu’eux.
Il est d’ailleurs amusant de voir in game des lieux comme le totentanz, qui rappelleront de bons sou venirs aux amateurs des défunts MaschinenFest ou Noxious Art Festivals.

Est-ce la nationalité et l’âge de l’équipe de développement qui a choisi cette version électronique du fameux rétro-futurisme ? Est-ce que la musique « d’origine » est tellement passée dans les oreilles qu’elle ne lorgne plus du tout vers l’avenir ? Laissons les sociologues avec ça.
RED Project a peut-être volontairement fait un clin d’oeil à ce glissement de styles avec le faux groupe « Samuraï » (interprêté par le vrai groupe suédois Refused) qui, 50 ans avant la timeline du scenario, faisait un mélange plutôt 90’s de punk hardcore fusion entre Black Flag/ Rollins Band et RATM et de sonorités Heavy Metal rappelant le fameux « Chrome Rock » décrit dans les bouquins de jeu. 50 ans plus tard, un des membres du groupes s’associera avec un girl band de pop electronique.
Entretemps la révolution musicale dans la vie réelle stagne et ne fait plus que du revival avec entre autres un courant nostalgique « Synth Wave » reproduisant les sons MIDI des années 80 et se retrouvant dans les filtres de recherches « Cyberpunk » jusqu’à en devenir son porte drapeau pour quelques uns.
Alors qu’est ce que le « son Cyberpunk » ? comme tout genre, il évolue, engendre des discussions, des désaccords à l’instar du punk, de la musique industrielle, mais il n’a pas réellement sa communauté intrinsèque avec ses vieux combattants et ses nouvelles recrues, fautes d’un ancrage musical solide, vu que rappelons-le, le public d’alors était lecteur ou rôliste, et celui de maintenant gamer.
Certains memes soulignent ce manque de définition du Cyberpunk, devenu un fourre-tout dès qu’on y voit une prothèse ou un hacker.

Qui a raison ? Qui a tort ? Est-ce qu’il y a seulement une musique Cyberpunk ? Un revival des synthés des années 80 suffit ? Ou est-ce plutôt une mentalité qui reprendra l’underground de son époque pour souligner sa frustration et appliquer ses propre « Live Fast, Die Young » et « High Tech, Low Life »?
Au vu de l’actualité de 2025, est-il déjà trop tard pour discuter de la nature de ce courant alors qu’on y entre peut-être à pieds joints dedans?

...is now….