Manuel de survie numérique en monde hostile et fasciste
- Ben suicyco
- 11 févr.
- 11 min de lecture

Beaucoup sont sous le choc du pseudo retournement de veste des GAFAM pour plaire à Donald (pas le canard, la sous-merde). « Pseudo » car franchement, avez-vous réellement cru que Marc, Jeff et leur potes était des philanthropes progressistes ? Désormais ils font passer l’ancien Voldemort de l’informatique du début des années 2000 – Bill Gates – pour le Dalaï Lama.
Nous sommes en février 2025 c’est la chienlit aux USA, les guerres se rapprochent et l’instabilité mondiale fait passer l’époque de la guerre froide pour une garden-party. Beaucoup d’entre nous se sentent impuissants et cherchent à utiliser la seule arme que l’on a laissé aux petits, vu que les manifs sont stigmatisées et réprimées de plus en plus sévèrement : le boycott.
Ceux-ci ont migré (ou dupliqués leurs activités) vers des réseaux sociaux « alternatifs ». Au début pour quitter Twitter, puis maintenant Meta (Facebook, whatsapp, instagram).Ne pas utiliser les réseaux du tout reste le meilleur boycott, mais la vie moderne est ainsi faite que ces espaces sont devenus incontournables.
Ces alternatives existaient déjà auparavant, mais pourquoi changer et tout reprendre à zéro si rien ne nous y obligeait ? Maintenant c’est le cas si on veut garder sa conscience propre, plus encore si on est LGBT ou si on veut garder un débat constructif sans trop de haine.
Évidemment, la grande majorité n’en a rien à cirer. Laissons là où elle est et, dans leur déni, si ces nouveaux réseaux prennent de l’ampleur, on la verra arriver en troupeaux de moutons.
Pour les autres, c’est peut-être moins évident qu’il n’y paraît. Tout le monde n’est pas un expert de la vie 2.0, et bien sûr qui a le temps pour se perdre dans 1,2,3,4 réseaux ? Bref, ce n’est pas si simple de faire la révolution numérique.
Même si on peut se dire qu’un réseau social n’est utile que si une majorité y est présente, rappelez-vous qu’au début de chaque MySpace,Facebook et twitter, seule une poignée de geeks mordus y étaient, qui ont ensuite attiré la masse.
Une extension du domaine de la lutte peut aussi conduire à repenser certains modes de consommation. (je pense notamment à la musique, prise en otage par spotify, deezer and co).
J’ai fait comme tout le monde, je me suis créé un compte Bluesky et Mastodon. Et je n’ai rien compris. Plus je pense par automatisme et brainwash facebookien mais aussi à cause de plateformes par toujours faciles au premier abord.
En partant de la base (un PC), je vais donner pour chaque besoins/utilisations une ou des alternatives qui sont équivalentes sinon meilleures que les standards que tout le monde connaît, mais je vais aussi en donner les points faibles (selon moi et je peux me tromper bien sûr) par rapport à l’utilisation que la société en fait. À ceci près que je laisserai de côté les gens dont l’activité et le revenus est principalement et donc artificiellement basé sur ces même outils (par ex : les influenceurs).Ce n’est en aucun cas de la publicité : il existe d’autres alternatives, mais voici celle qui sont les plus évidentes/connus/faciles. Je ne connais que quelques arbres cachant peut-être une forêt de solutions encore plus pratiques. Et donc je me suis dit qu’en listant ce que je connais, d’autres pourront aussi ajouter leur outils/sites/ réseaux/… afin de pouvoir construire ce manuel de survie numérique.
Allons-y.
La machine
A moins que vous ne soyez gamer, musicien, graphiste ou développeur, il est peu probable que vous ayez besoin d’une machine de guerre. Plus de 80 % des gens utilisent leur ordinateur pour aller sur internet ( et encore uniquement sur les réseaux sociaux), acheter des trucs et quelque fois écrire quelques lignes dans un traitement de texte.
Beaucoup dépensent beaucoup trop d’argent pour leur PC (et je ne parle même pas des utilisateurs de la pomme). Vous n’allez pas chercher votre pain à la boulangerie du coin en Ferrari ?
Pour les besoins basiques allez dans les magasins d’occasion ou de revente de matériel professionnel d’entreprises qui font souvent une rotation de leur parc tous les 3 à 5 ans.
Vous pouvez même réutiliser un très vieux PC pour ces usages basiques. Nous y reviendront très vite.
Point faible : vous serez tributaires de la technologie de cette machine. Exemple si vous n’avez pas de SSD dessus, vous continuerez à démarrer sur un disque dur classique et donc un peu plus lentement qu’avec les nouvelles machines.
L’operating system
L’OS ou le truc que vous démarrez quand vous allumez le PC est principalement Windows, qui coûte cher et qui devient très, trop gourmand au fur et à mesure des versions jusqu’à condamner à mort des vieux ordinateurs qui n’avaient rien demandé à personne.
Dans l’optique d’une utilisation standard que nous avons déjà décrite, il est possible de se passer de Windows lorsque votre PC s’essouffle au gré des mise à jour.
Je vais dire un gros mot pour certains, paraître le geek qui rabâche toujours la même rengaine pour d’autres, mais Linux n’est absolument plus le truc barbare pour informaticien hardcore d’il y a 20 ans. Son interface s’est démocratisée et certaines distributions essaient de ressembler à Windows pour ne pas perdre les néophytes. Par contre il est resté beaucoup moins vulnérable au virus !
Je dirais même que moins on a l’habitude de Windows plus on apprécie Linux pour sa simplicité, ses programmes directement accessibles (y a qu’à demander et on l’a)...et bien sûr sa gratuité.
Essayez sans préjugés « Ubuntu » ou Linux Mint (les plus populaires) avec une version portable (c’est à dire sans installation) sur une clé USB pour vous familiariser.Sans être une pointure en informatique, j’ai installé Linux sur mon vieux laptop de 7 ans à l’époque, qui peinait avec Windows 10 et il est reparti à l’attaque et me sert à toutes mes activités non spécialisées (dont celle-ci). Et surtout il n’est plus soumis au diktat de Microsoft quant à sa survie.
Point faible : Vous aurez plus de mal à trouver quelqu’un pour une question plus ou moins technique. Mais la communauté est très forte : une question dans google ou duckduckgo vous donnera la réponse.
Les logiciels de bureau
Beaucoup de logiciels payants ont leur alter ego gratuit en open source. Prenons Microsoft Office (dont la version « home » est autour de 150 euros), Libre Office fait jeu égal. Chaque outil d’Office a son équivalent dans Libre Office.
Point faible : une utilisation poussée pourrait être plus complexe, comme par exemple si vous faites des macros dans Excel et que vous voulez les transposer dans LibreOffice Calc.
Les mails
A leurs lancements, Google le moteur de recherche et Gmail, ont provoqué un tollé dans le monde de l’informatique (encore très épris de liberté) de par leur intrusion dans la vie privée des utilisateurs. L’évolution du web et de la société a généralisé ces problème invisible dont tout le monde se fout actuellement, et encore plus la nouvelle génération. Si vous voulez reprendre vos données en main et ne plus servir de vache à lait en donnant vos détails intimes à Google et Microsoft, il existe pléthore de solutions. Un exemple est protonmail, mail « web » gratuit comme Gmail, mais entièrement privatif, sécurisé et crypté.
Proton a développé tout un arsenal concurrençant de manière sécurisée celui de Google. On y retrouve donc un « Drive », un calendrier, un gestionnaire de mot de passe et même un VPN.
Point faible : l’interface est un peu moins attrayante que les ténors.
Si vous aimez avoir vos mails dans un logiciel comme Outlook et non sur la page web, Thunderbird (de Mozilla, les créateurs de Firefox) est à votre disposition gratuitement. Après quelques essais pour se familiariser, il est très facile d’y intégrer tous vos mails et de les gérer ensemble.
Le browser
Devenu le point central puisque permettant l’accès au net, le browser EST l’élément essentiel. Pourtant peu y prêtent attention en ce qui concerne la sécurité et la vie privée.Ce qui est amusant c’est que le pire dans la catégorie intrusion et vol de données est aussi le plus répandu : Google Chrome. Basé sur une technologie open source google l’a dérouté pour en faire le plus gros spyware de votre ordinateur.
Entrez en résistance (ça ne coûte pas un rond) et prenez autre chose. Le plus connu des concurrents « libres» est Firefox. Ce n’est pas le plus performant ni le plus sécurisé, mais par solidarité avec Mozilla qui a beaucoup œuvré pour un internet libre, je le cite.
Essayez aussi « Brave » qui en plus d’être sécurisé, vous enlèvera automatiquement toutes les pubs des sites, bloque les « pop up » et contient un petit VPN maison.
Point Faible : honnêtement, je n’en vois pas. Peut-être le lancement un peu moins rapide pour Brave
Messagerie
Nous sommes tous habitués à Messenger et whatsapp pour nos messages privés (je mets de côté la partie pro avec Teams etc.). le souci est que le mot « privé » est de trop puisque les CGU indiquent qu’ils peuvent lire et traiter tout ce que vous écrivez et recevez. Messenger place désormais des pubs s’affichant dans la liste des messages reçus. Perso, je trouve cela scandaleux.
L’alternative existe depuis longtemps puisque le gars qui a créé l’algorithme de cryptage originel de whatsapp, a quitté la société après le rachat par Meta et a fondé Signal.
Maintenant décrié, à l’instar de Telegram, comme refuge de terroristes et autres trafiquants, de par la sécurisation des échanges, Signal est en fait le Whatsapp originel. Cette contre-publicité sert surtout à empêcher une fuite des utilisateurs surtout suite aux différents problème techniques et de fuite des données qu’a connu whatsapp.
Et oui, il y a des méchants qui utilisent Signal, mais les terroristes se terrent aussi dans des maisons sans que la police puisse entrer dans la vôtre sans mandat à chaque instant, en défonçant la porte.
Et pour info, les groupes neo-nazis qui oeuvrent sur Facebook et Messenger semblent ne gêner personne…
Point faible : Pour communiquer , il faut au moins être 2 et la plupart n’est pas prête à changer ses habitudes. Mais pensez-y et parlez-en autour de vous. Vous allez commencez par 1 contact, puis 2, puis 4,etc…
Réseaux sociaux
Enfin le vif du sujet me direz-vous. En effet c’est un gros dossier, et complexe en plus car nous allons essayer de comparer des pommes et des poires.
A chaque réseau social son alternative ? Nous allons voir.
Commençons par le grand méchant par qui toute la migration 2.0 est arrivée : Twitter (« X » depuis son passage du côté obscur). À l’origine Twitter me semblait être une version encore plus crétine de Facebook, limités qu’on est par le nombre de caractères, mais il semble avoir trouvé sa place au départ comme outil express de dépêches, puis comme moyen de contestation dans certains pays, et encore (c’est moins marrant) comme mégaphone permettant aux personnalités publiques et surtout politiques de gueuler leurs stupidités en prenant le nombre limité de caractère comme alibi pour ne pas étayer leurs propos.
Perso, Twitter ne m’a jamais attiré, mais ceux qui – et ils sont légion – ont été dégoûtés par le rachat par Musk, puis par les changements opérés dans les algorithmes, et les décisions de ban arbitraires des opposants aux idées « dogesques » ou « trumpesque », ont trouvé refuge dans Bluesky.
Bluesky est purement ce qu’étais Twitter auparavant, avec en plus une gestion communautaire de blocage des comptes. Il est aussi open source et donc, théoriquement, ne tombera pas dans les mains d’un fou, et une société ne deviendra pas un nouveau GAFAM grâce à ce réseau.
Point faible : Bluesky a l’air paisible maintenant surtout parce qu’il n’est peuplé que des gens ayant plus ou moins la même vision du monde et ayant fui Twitter pour les mêmes raisons. On y retrouve d’ailleurs la même gueulante politique que sur Twitter mais seulement orientée gauche.
Si sa croissance continue, qu’est ce qui empêchera les lourdauds d’arriver en masse (ça commence déjà un peu), et de reproduire le ton insupportable du site d’origine? Serons-nous continuellement occupés à gérer nos fichier des comptes bloqués et à nous les envoyer ?
Maintenant Facebook ou plutôt Meta car je vais switcher aussi sur Instagram. Au fil du temps, beaucoup d’acteurs ont voulu faire de l’ombre à FB et s’y sont cassé les dents, même Google avec son hermétique Google+. Mastodon était l’un d’eux, et vivotait avec quelques inscrits, jusqu’à ce que l’actualité en fasse l’un des refuges anti-réacs comme Bluesky. Brutalement, les inscriptions ont afflué et nous nous sommes tous retrouvés à devoir refaire un réseau de contact à partir de rien.
Aux premières visites on ne comprend pas ce que l’on y fait, c’est quoi ces serveurs ? Comment on like, on partage, les messages privés,etc… puis au fur et à mesure des posts des contacts mais aussi de l’outil « explore », on commence à s’en servir.
Alors NON, Mastodon n’est pas une alternative 100 % à Facebook. C’est trop différent et c’est peut-être lui qui est un vrai réseau social à l’échelle de la mondialisation et de l’inter-connectivité. De part la cause de l’afflux massif et des prises en urgence de contacts, c’est plutôt « Opinonbook », où l’on cherche des sources d’infos, on se tient au courant, on organise (surtout aux USA) une forme de résistance.
À voir comment cela évoluera dans le futur, si on recommencera à relier les vraies personnes que l’on connaît, si des media hors politque franchiront moins timidement le pas.
Point faible : ce n’est que le début et l’avenir est incertain. Mais il y a quand même un point : Mastodon est peuplé de personnes habituées au net, aux réseaux, pas de personnes lambda, ni de beaucoup d’artistes indépendants qui n’y entravent que dalle souvent.
L’autre souci est que Facebook sert d’alternative à la création d’une page web pour les petites entreprises et les commerçants locaux. Le réseau leur offre une visibilité directe et un lien avec leurs consommateurs. Je ne vois pas Mastodon le faire dans un avenir proche, vu le changement de paradigme pour ces gens assez loin des turpitudes numériques.Les évènements (concerts,etc…) y sont absents. Pour le moment, on se puni si on quitte complètement Facebook.
Si on parle de Meta, on parle aussi d’instagram. Outre toutes les dérives influenço-narcissique qu’on peut y trouver, c’est un bel outil pour la promo par l’image de son art, son travail,etc…
L’équipe de Mastodon ne s’est pas trop fait attendre pour compléter son offre avec Pixelfed, compatible avec le fediverse de Mastodon.
Ça ressemble très fort à l’instagram des débuts, avec une timeline avec les photos des contacts,etc…
le réseau se développe doucement, à suivre.
Musique
L’écoute de la musique est devenue très différente, à tel point que l’on dit maintenant « consommation de la musique ».La dématérialisation a déjà fait grincer des dents. C’est une question de philosophie (sauf si on a une installation à 10000 euros pour sentir la différence) et de génération.
Le souci est que la dématérialisation a profondément bouleversé l’économie du secteur car après les achats online style « Itunes » sont venu les champions du streaming (Spotify, Deezer) et leur nouveau business plan.
Plus moyen d’acheter un album ou un morceau, la rétribution des artistes se fait par écoute. Mais quelle rétribution ? Entre 0,003 et 0,005 par écoute. Ça ne pose aucun problème à la superstar ou à l’artiste éclair one hit wonder. Mais qu’en est-il des artistes plus alternatifs, même un peu conus, mais qui ne remplissent des stades ? Des cacahuètes…
Parlons de la qualité. Ici pas besoin d’une grosse install pour goûter au son pourri du streaming, même en premium. La dématérialisation n’est pas le problème vu qu’un FLAC (Free Lossless Audio Codec) est de la qualité du CD, mais bien la forte baisse du standard de qualité pour des nouvelles générations n’ayant connu que ça.
La quasi mainmise du streaming sur l’industrie musicale en a aussi changé les règles : comme on zappe très vite, plus d’intro de 5 min mais directement le riff accrocheur, et une normalisation des genres afin de coller aux algorithmes de choix de morceaux.
À côté de cette peinture très sombre, un acteur s’est creusé une place pour la survie des artistes alternatifs et indépendants : Bandcamp.
Bandcamp essaie de redonner la place aux artistes, à refaire écouter la musique. On cherche par genre ou on va directement sur la page d’un artiste, d’un label ou d’un album, écouter les titres proposés pour se faire un avis, puis les acheter physiquement (Le numérique étant offert dans ce cas) ou numériquement (en FLAC).Dès l’achat, la musique achetée est également disponible en streaming haute qualité sur le site ou sur l’app.Point faible : le brainwash des gens, auditeurs et artistes. Beaucoup de jeunes artistes ne savent pas que Bandcamp existe ou s’en foutent et se limitent à Spotify. Le service est pourtant presque parfait.
Du côté auditeur, on dirait que le mal est fait et ils ne veulent pas changer pour essayer, les oreilles s’étant habituées à la qualité médiocre et aux algorithmes.
Autre point : les frais de livraison sont souvent très élevés, ce qui incite à l’achat numérique.
Image
Adobe s’est dit qu’ils allaient eux-aussi tenter le hold up avec leur creative cloud impayable si on n’est pas pro. Je ne suis pas spécialiste mais je sais qu’il y a une quantité d’alternatives gratuites quelques fois meilleures que l’originale.Voici une liste non exhaustive :
GIMP
Photopea
Inkscape
Pixlr
Affinity Photo
En conclusion, si vous avez reclassé votre vieux PC avec Linux, utilisez LibreOffice, écoutez de la musique via Bandcamp en regardant les feed de mastodon sur Brave et en checkant vos mails Proton via thunderbird, et puis que vous retouchez vos photos avec Inkscape pour les diffuser sur PixelFed, vous n’avez absolument rien dépensé mais vous avez gagné en liberté, en sécurité et en santé mentale tout en faisant la nique à tous ces géants qui lèvent le bras dès qu’il y a une grande gueule réac au pouvoir.
Ça par contre...ça n’a pas de prix.